Caroline Fleck
Hypnothérapeute - Paris 17

L'inconscient, moteur d'énergie psychique

La notion universelle d'inconscient recouvre globalement tous les processus et activités psychiques qui ne peuvent être ni perçus ni contrôlés par la conscience. L'inconscient, qui s’exprime dans les rêves, les pulsions, les fantasmes, est un formidable moteur d'énergie psychique créatrice. La méthode psychanalytique et notamment l'interprétation des rêves aident à en explorer les contenus.

 

Ami ou ennemi ?

L’inconscient ne nous veut ni bien ni mal. Il est constitué de pensées et désirs refoulés qui ne sont jamais suffisamment réduits au silence pour se faire oublier. Et ils profitent des failles de la conscience – un moment de fatigue, le sommeil… – pour s’exprimer sous la forme de rêves, de lapsus, d’actes manqués. Ils surgissent quand nous nous y attendons le moins. Au lieu d’envoyer un SMS à notre amoureux, nous l’expédions à notre ex que nous ne réussissons pas à effacer de notre mémoire. Nous égarons l’adresse d’un rendez- vous professionnel dont dépend notre avenir matériel, mais qui ne satisfait pas notre créativité. Autant de rappels à l’ordre de nos vrais désirs. La sensation que l’inconscient est un danger, une menace n’est rien d’autre que l’angoisse du moi conscient qui réalise qu’il ne peut pas tout contrôler.

Inné ou acquis ?

Pour les psychanalystes qui se réclament de Freud, nous ne naissons pas dotés d’un inconscient. Très tôt, les expériences agréables ou déplaisantes laissent des traces mnésiques (de mémoire) dans le cerveau. Mais l’inconscient n’apparaît qu’avec l’acquisition du langage. Et les premiers désirs refoulés sont liés aux élans incestueux oedipiens auxquels nous devons renoncer pour grandir. C’est la raison pour laquelle il est difficile à certains d’accéder à une vie amoureuse satisfaisante : ils ne parviennent pas à se détacher de leurs premières amours pour maman et papa, tout en croyant être passés à autre chose depuis des décennies. C’est pour cette raison également que nous choisissons généralement, et sans nous en rendre compte, des partenaires qui ressemblent à nos parents. Car, ce qui est refoulé dans l’inconscient y survit éternellement, il « ignore le temps et la contradiction », nous dit Freud. A l’inverse, pour Jung (In Psychologie de l’inconscient - LGF, “Le Livre de poche”), disciple puis adversaire de Freud, il est présent dès notre naissance. Et à côté de l’inconscient individuel se tient, selon lui, un inconscient collectif qui nous relie à nos ancêtres ou aux héros des grands mythes fondateurs de la civilisation. Dans une optique jungienne, une pomme dans un rêve renvoie au mythe du paradis terrestre. Quand nous rêvons d’un avion en difficulté, nous devons nous souvenir du mythe d’Icare, ce héros grec qui chute pour avoir volé trop près du soleil et n’avoir pas écouté les conseils avisés de son père. Une façon de poser que tous les êtres humains ont tous les mêmes rêves, les mêmes attentes et les mêmes difficultés à atteindre leurs buts.

 

Un autre imaginaire ?

L’imaginaire est la voie royale vers l’inconscient. Dans une optique psychanalytique, l’imaginaire n’est ni illusoire ni mensonger, ce mot désigne tout ce qui se manifeste par des images : les songes de la nuit, les rêveries de la journée, les fantasmes et les mythes, ces éléments collectifs dont, selon Jung, nos âmes ont besoin pour se nourrir spirituellement. Et n’oublions pas que, pour les psys, les fictions ont elles aussi une valeur de vérité : les petites histoires que nous nous racontons, les pensées vagabondes qui nous accompagnent tout au long de la journée, les scénarios que nous forgeons véhiculent nos désirs inconscients et des pans enfouis de notre personnalité. Même s’ils nous semblent absurdes, ils ont l’utilité de nous remettre en contact avec le petit enfant que nous avons été. « L’image est une force agissante, il est légitime de la faire agir », écrivait le psychanalyste Charles Beaudoin (In De l’instinct à l’esprit - Imago). Des techniques telles que l’hypnose, le rêve éveillé, la visualisation ou les tests projectifs s’appuient justement sur son pouvoir créateur.

Une zone dans notre cerveau ?

« Les avancées des neurosciences, les sciences du cerveau, confirment les intuitions de Freud sur la réalité de l’inconscient, assure Boris Cyrulnik. Et les théories analytiques permettent aux neurobiologistes de mieux saisir ce qu’ils observent. » Loin d’enterrer Freud, de nombreux neurobiologistes tels Jean-Pol Tassin, ou neurologues tels Lionel Naccache, auteur du Nouvel Inconscient (Odile Jacob) vérifient ses hypothèses depuis plusieurs décennies. Il n’existe pas à proprement parler de siège central de l’inconscient. Mais trois zones cérébrales sont impliquées dans les processus inconscients : les structures limbiques (le royaume des émotions et de la sensibilité affective), les zones associatives du cortex où se créent les liens entre les idées, les mots et les choses, et les aires sensorielles. Le développement de la neuropsychologie permet également de mieux comprendre pourquoi nos conflits psychiques se traduisent si fréquemment par des maladies psychosomatiques, des douleurs physiques. En effet, le cerveau traite les mots exactement comme les sensations physiques. Une insulte est ressentie de la même façon qu’une gifle. Cette analogie explique pourquoi, après un choc, au lieu d’être malheureux, angoissé, nous pouvons nous sentir relativement serein… tout en nous mettant curieusement à souffrir de dorsalgies, de migraines ou de douleurs abdominales.

Un inconscient du corps ?

Les recherches actuelles le montrent : l’inconscient, ce n’est pas seulement « dans la tête », c’est toute une organisation psycho-corporelle. Depuis la fin des années 1980, les neurobiologistes se penchent sur un deuxième inconscient, « cognitif ». Comme le décrit Boris Cyrulnik, il s’agit d’une mémoire purement corporelle, sans souvenirs, sans désirs secrets ni pensées honteuses. C’est grâce à lui que nous accomplissons les gestes du quotidien : nous laver les dents, sortir de chez nous, sauter dans le métro, rentrer, composer le code de la porte d’entrée sans même nous souvenir des chiffres, automatiquement, sans y réfléchir. Cet inconscient « corporel » explique aussi pourquoi sans le vouloir beaucoup d’enfants maltraités deviennent des adultes maltraitants. Ils ont intégré dans leur corps les gestes de la violence. Il peut également rendre compte des fausses allégations : une femme peut, par exemple, porter plainte « aujourd’hui » pour viol et éprouver le fait d’avoir été violée parce qu’elle l’a réellement été « dans le passé ». Son inconscient cognitif ayant conservé la trace du drame, il aura suffi que le sourire d’un homme dans le métro lui rappelle celui de son agresseur pour réactiver le drame. Si nous voulons vraiment comprendre nos émotions, nos vrais désirs, sortir de la spirale infernale de l’échec et nous épanouir, il est urgent d’accepter d’écouter notre inconscient.

 

Source : https://www.psychologies.com/Therapies/Psychanalyse/Inconscient/Articles-et-Dossiers/A-quoi-sert-notre-inconscient/L-inconscient-cet-autre-qui-vit-en-nous

 


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