Quand la pression de « réussir » prend le pas sur le désir


Comprendre et dépasser l’anxiété de performance sexuelle masculine à l’ère numérique

À une époque où les réseaux sociaux, les images normées du corps et de la réussite, ainsi que la culture de la comparaison imprègnent profondément nos représentations, la sexualité est de plus en plus exposée aux logiques de performance. Là où l’intimité devrait être un espace de spontanéité, de plaisir et de rencontre, elle devient parfois un terrain d’évaluation intérieure, de contrôle et de peur de l’échec.

Dans mon cabinet, l’anxiété de performance sexuelle masculine est aujourd’hui un motif de consultation fréquent. Beaucoup d’hommes décrivent la même expérience : plus ils cherchent à « bien faire », plus ils surveillent leurs sensations, anticipent un éventuel dysfonctionnement… et plus leur corps se bloque. Le symptôme n’est alors pas un hasard, mais la conséquence directe d’un système de fonctionnement devenu trop contraignant.

Cet article présente un cas fictif inspiré de ma pratique.

Le cercle vicieux du contrôle

Amaury est très amoureux de sa compagne. Leur relation est stable, affectivement sécurisante, et le désir est bien présent. Pourtant, au moment de l’intimité, une pression intérieure envahissante surgit : « Il faut que ça marche. Je ne dois surtout pas avoir de panne. Je ne dois pas la décevoir. »

Ce dialogue interne déclenche une hypervigilance corporelle : attention excessive portée aux sensations, tension musculaire, accélération du rythme cardiaque, perte de fluidité émotionnelle. Or, les mécanismes physiologiques de l’excitation sexuelle nécessitent précisément l’inverse : relâchement, disponibilité psychique, abandon du contrôle.

Plus Amaury tente de maîtriser ce qui devrait rester spontané, plus son corps se rigidifie. La difficulté sexuelle vient alors confirmer sa peur initiale, renforçant un cercle vicieux classique : anticipation → contrôle → blocage → échec → renforcement de l’anticipation.

Ce type de boucle est souvent alimenté par plusieurs facteurs conjoints :

  • La comparaison sociale, explicite ou implicite (« Les autres y arrivent, pas moi ») ;
  • Les représentations irréalistes de la sexualité, largement diffusées par la pornographie et certains discours médiatiques ;
  • Un terrain perfectionniste ancien, souvent issu de l’histoire familiale, où la valeur personnelle est associée à la réussite, à la maîtrise et à la performance.

Le symptôme ne relève donc pas d’un simple dysfonctionnement corporel, mais d’une organisation psychique et relationnelle cohérente… qui s’auto-entretient.

Changer la logique plutôt que combattre le symptôme

En thérapie systémique stratégique, l’objectif n’est pas uniquement de comprendre pourquoi le problème existe, mais surtout d’identifier ce qui, dans le présent, le maintient. On s’intéresse aux tentatives de solution mises en place par la personne — souvent avec les meilleures intentions — mais qui renforcent involontairement la difficulté.

Dans le cas d’Amaury, la tentative de solution centrale était : vouloir absolument réussir, contrôler, anticiper, vérifier. Plus il s’efforçait de contrôler le résultat, plus la pression augmentait… et plus le corps résistait.

L’intervention thérapeutique a donc consisté à modifier précisément cette logique. De manière progressive et sécurisée, il lui a été proposé, en accord avec sa compagne, d’autoriser — voire de décider — l’arrêt des rapports lorsque la pression devenait trop forte. Cette prescription peut sembler paradoxale, mais elle vise à faire tomber l’enjeu de performance et à redonner un espace de liberté intérieure.

Lorsque l’obligation de réussir disparaît, le système se détend. Le corps n’est plus sommé de produire un résultat, mais retrouve ses capacités naturelles d’autorégulation. Chez Amaury, le désir, l’érection et la qualité de la connexion intime sont revenus spontanément, sans effort volontaire.

Quand la performance recule, le plaisir revient

Ce type de situation illustre un principe fondamental : dans certains domaines — la sexualité, les émotions, les relations — le contrôle excessif produit souvent l’effet inverse de celui recherché. Plus on cherche à maîtriser, plus le vivant se rigidifie.

La thérapie systémique stratégique permet d’identifier avec précision les cercles vicieux dans lesquels une personne est enfermée, puis de proposer des leviers de changement concrets, ajustés et respectueux du rythme de chacun. Il ne s’agit pas d’apprendre à « mieux performer », mais de transformer la relation que l’on entretient avec ses propres exigences, ses peurs et son corps.

Lorsque la pression recule, le plaisir peut à nouveau circuler. Et lorsque le contrôle se desserre, la confiance retrouve naturellement sa place.

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